Comment nous avons réussi à lier convictions et travail

Auteurs : M. & Mme Recyclage

Nous partageons avec vous cette interview écrite sur nos 6 petites années d’expérience (M. & Mme Recyclage) que nous avions réalisés pour notre école d’ingénieur.

Suite à l’obtention de notre diplôme d’ingénieur, nous sommes partis à Taiwan. Nous y avons travaillés pendant 3 ans en R&D, dans une entreprise, nommée Miniwiz, spécialisée dans l’architecture et le design à base de matériaux recyclés. Nous avons travaillé sur de magnifiques projets comme Trashpresso, une machine de recyclage portable et solaire (dont il existe un reportage National Geographic avec Jackie Chan au Tibet), ou une base de données de matériaux recyclée en open-source. Nous nous sommes alors aperçu qu’il régnait, et règne toujours, une ignorance impressionnante sur le plastique et son recyclage.

L’année dernière, nous sommes rentrés en France pour monter notre entreprise de conseil et de vulgarisation scientifique sur le recyclage du plastique (Vous avez sûrement, d’ailleurs, dû voir passer quelques infographies et vidéos dans la communauté Ingénieurs Engagés). Sinon, vous pouvez retrouver nos premières vidéos et infographies sur nos réseaux sociaux. Aujourd’hui nous montons en parallèle une seconde entreprise dont le but est de produire des filaments d’impression 3D biosourcés et réellement biodégradables permettant d’amener sur le marché de l’impression 3D les dernières avancées en bioplastiques (matériaux) et en biodégradabilité (connaissances). En ce moment, notre combat du quotidien s’axe autour de la pollution et de l’éco-toxicité des micro et nano-plastiques dont une partie même de la communauté scientifique n’a pas pleinement conscience. La communauté industrielle est en déni complet autours de ces questions-là. C’est pourquoi nous consacrons une énorme partie de notre énergie à nous documenter et interviewer des experts pour transmettre l’information sous un format simplifié. Partager de l’information, normalement réservée à un comité d’experts techniques est la pierre angulaire de notre travail engagé.

La technique n’a jamais été neutre. Former les élèves à l’éthique de l’ingénieur est une priorité. On n’imagine pas, aujourd’hui, un médecin ignorant le serment d’Hippocrate. Combien d’élèves (et d’anciens) ignorent l’existence de la charte d’éthique de l’ingénieur ? [1]

Nous même en avions pris conscience grâce à un post dans ce groupe qui mentionnait le livre de Laure Flandrin et Fanny Verrax, « Quelle éthique pour l’ingénieur ? » [2] Nous invitons toutes/tous les lectrices/lecteurs à se le procurer. Une bonne culture sociétale et environnementale ne peut se développer sans une solide connaissance générale. Nous souhaitons partager la chaîne de Thinkerview [3].

Dans un contexte de perturbations climatiques engendrées par les activités humaines, la crainte de disparaître rapidement empêche les grandes entreprises de se passer de critiques constructives (même dures). Le dialogue avec des ONG et autres organisations de défense de l’environnement n’est plus quelque chose qui est exclu, mais plutôt recherché. A ce niveau-là, la parole d’ingénieurs militants à beaucoup de valeur tant qu’elle repose sur des faits scientifiques, du consensus et de la patience. Il n’est donc pas difficile de lier conviction et travail, c’est même un devoir. Se faire expert dans plusieurs domaines à la fois et se construire un réseau de confiance mélangeant à la fois le monde militant, scientifique et industriel prend du temps en revanche. Ce n’est donc pas un changement brusque, mais une transition douce qui vous attend si vous cherchez à vous engager toujours plus. Commencez par exprimer publiquement votre avis sur un sujet donné et participez au partage de la connaissance, c’est un départ très facile (nous pensons par exemple aux «plastiques mémos » que nous publions [4]).

Prenons un exemple, vous êtes élève en informatique et vous vous intéressez à l’optimisation du code pour réduire l’empreinte énergétique des calculs, commencez par monter une chaine Youtube ou une page Facebook et publiez du contenu à ce sujet. Cherchez à rejoindre des communautés déjà existantes, rendez-vous à des colloques à ce sujet => prenez-vous au sérieux sur une idée, une envie ou un rêve. Vous finirez rapidement par être consulté ou embauché pour votre cause. Dans notre cas, le but de notre entreprise de conseil est d’obtenir entre 5 et 10 contrats à l’année sur des périodes courtes (1 semaine à 1 mois) pour se dégager un salaire et beaucoup de temps libre afin de nous consacrer pleinement au partage de la connaissance en ligne. Ces contrats sont soit des formations (ex. : biodégradabilité des polymères), soit de l’accompagnement (ex. : mettre en place une filière de recyclage), soit de la médiation scientifique (ex. : vidéo). Le but de notre seconde entreprise est d’offrir une solution clé en main plus « propre » à une industrie de plus en plus polluante dans l’espoir de faire évoluer la filière vers des matériaux plus respectueux de l’environnement.

Nous avons déjà tenté de faire de l’entrepreneuriat social l’année dernière en transformant le modèle économique d’une usine de pêche au thon en Indonésie, en centre de plongée éco-responsable mais cela n’a pas abouti pour le moment. Nous échouons parfois mais nous réussissons aussi souvent et lorsque nous réussissons cela donne place à de beaux projets. Il existe des myriades d’entreprises à vocation sociale ou environnementale en pleine croissance et à la recherche de stagiaires comme d’ingénieurs à temps plein. On en retrouve en France et dans le reste du monde. On vous invite à aller jeter un œil sur les sortants de l’accélérateur de l’EII (European Institut for Innovation) Climate KIC [5].

Dans un premier temps ne soyez pas trop dur·es avec vos aspirations, le but d’une entreprise c’est de gagner de l’argent, avant la défense de l’environnement ou une quelconque mission sociale. Tout système est basé sur des êtres humains, rien n’est jamais parfait. Ce qui compte c’est de se faire de l’expérience et une idée dans un domaine pionnier du développement durable. Cela ne pourra que vous faciliter la vie par la suite. Prenez le temps d’apprendre à connaître ce qui vous passionne réellement. Soyez patients et sortez des sentiers battus. Votre épanouissement ne dépend que de vous et n’arrivera pas par chance ou par hasard. Il n’arrivera pas non plus, en regardant votre vie s’écouler sur des routes construites par d’autres dont vous ne connaissez pas la destination.

Ayez le courage de vous écouter, même si votre voix ne vous dira pas toujours des choses évidentes à mettre en place, ou qui plairont à votre entourage. Ne craquez pas sous la pression sociale, n’écoutez que vous-même.

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions !

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Notes et références

[1] https://www.iesf.fr/offres/doc_inline_src/752/150731_Charte_ethique.pdf
[2] avec un résumé au lien suivant :
http://maisouvaleweb.fr/lingenieur-ethique-sera-politise-ou-ne-sera-pas/
[3] https://www.youtube.com/channel/UCQgWpmt02UtJkyO32HGUASQ
[4] http://m-mme-recyclage.com/univers.html
[5] https://www.climate-kic.org/programmes/entrepreneurship/#accelerator